Parfois il vaut mieux faire les résumés à chaud pour profiter des sensations pétillantes qui nous enivrent. C'est tout seul dans l'avion du retour que je pose à l'écrit ce qui sera sûrement un de mes plus beaux souvenirs athlétiques.

Outre l'aspect sportif de se frotter aux meilleurs mondiaux et de juger de la différence entre eux et moi, c'était vraiment l'aspect de rentrer dans l'intimité de l'athlétisme mondiale qui m'intéressait au travers cette expérience.

Le village athlète reste le plus beau souvenir. Croiser des champions olympiques et mondiaux du matin au soir. L'aspect cosmopolite qui y règne est extraordinaire, observer les différences comportementales en fonction du pays d'origine :

La discrétion des coureurs de demi fond des hauts plateaux africains qui s'extérioriseront dans les tribunes du stade une fois la médaille accrochée au cou,

l'extravagance américaine en dehors du stade et devant les caméras, contrastent avec leur absence des tribunes

la fête permanente jamaïquaine

la dispersion des dirigeants et athlètes français dans les tribunes comme au village quand la médaille espérée n'est pas la bonne

la bière qui aura coulé à flot du côté des lanceurs allemands...

Ce que j'ai apprécié, c'est voir que les athlètes sont avant tous des hommes. Une fois l'objectif atteint et plus la compétition approche de la fin, plus l'ambiance festive du village des athlètes se fait sentir. Certes les meilleurs mondiaux sont exemplaires pour leur sérieux mais la plupart apprécient de se retrouver autour d'une table pour fêter un objectif accompli. L'ambiance qui régnait au bar du village était différente en fonction du pays victorieux, j'aurai aimé vivre la cérémonie de fermeture mais je ne pouvais rester trop longtemps car j'ai une petite famille maintenant et elle me manque.

Dopage. Savoir si le sujet est abordé sans complexe ou si cela reste tabou. Pas facile d'aborder le sujet avec les athlètes, les coachs se lâchent un peu plus. On n'aime pas trop voir des athlètes battre leurs meilleurs performances de l'année seul en série, alors quand la fierté française est touchée, certains se lâchent... La présence du contrôle obligatoire en début de séjour n'a pas eu de conséquence majeures pour l'instant (on peut quand même se poser la question de l'absence des 5 meilleurs performeurs mondiaux de l'année sur 100m...).

J'ai donc affiné ma vision sur le sujet.

Du côté de l'Afrique, le dopage serait très organisé, les athlètes sont les pions d'un système dont les rouages tournent à merveilles. Les réservoirs d'athlètes étant énorme. Le dopage est inacceptable et on essaierai presque de le banaliser en Afrique, en nous faisant pitié, en nous disant que la médaille et les avantages qui en découlent font vivre famille et tribu. Vu le verrouillage et les magouilles présentes sur ce continent, je ne pense pas qu'il reste beaucoup d'argent pour les familles à la fin. La fierté et l'égoïsme patriotique américain fait rager quand on sait que les usines pharmaceutique américaines savent très bien que 50% de leur stock d'EPO est à usage sportif, on comprend qu'ils n'ont pas intérêt à lutter contre ce tabou.

Ma déception vient du côté de la Jamaïque, je croyais qu'ils avaient trouvé une nouvelle voie dans l'entrainement avec la suprématie dont ils faisaient preuve mais il semble qu'ils ont plutôt trouvé de nouvelles molécules puisque 13 sprinters jamaïquains ont été contrôlé positif depuis le début d'année.

La Russie que je trouve plus calme au niveau des résultats dans le demi fond possède toujours des athlètes féminines dont l'épanouissement personnel fait peur à voir et dont les manières de courir seule de bout en bout en alignant les kényanes et battant les meilleurs performances mondiales de l'année laisse peu de doute...

Bref le sujet est toujours omniprésent et fera toujours couler autant d'encre et de salive !

Côté performance, la mienne ne laisse pas de doute non plus. Élevé au jus de betterave, aux pâtes et au nutella... J'ai dû me préparer en 8 semaines, en avril j'avais fais 3'58 et j'avais coupé la saison en Mai. Au fur et à mesure de la préparation, des séances intéressantes me font dire que j'avais retrouvé un niveau à 3'45-3'47. Malheureusement la course ne s'y est pas prêtée, un passage en 2'35 au 1000 est trop lent pour mon finish de routard. Je me satisferais de mon 500 entre le 800 et le 1300 tourné en 1'13-1'14. Je suis moins fier de mon dernier 200 réalisé en 34'', à ce moment là j'étais encore 2'' derrière le peloton de tête, j'en prendrais quand même 6'' dans le nez en 200m...ça permet de mesurer la différence entre des mecs qui font un footing en 2'35 au kilo contre un mec quasi à bloc. 3'51''36 au final, pas grand chose à dire, à 2'' de mon record, record de Polynésie, le contrat est presque rempli. Je profite au passage pour remercier Farouk (entraineur de MMB), qui m'aura été de bon conseil pour l'avant course.

Passons à des choses plus épanouissantes. L'avantage d'avoir un pass athlète est que l'on a accès à tout le stade, vivre les différentes courses dans les tribunes athlètes est complètement différent. Être à une place numérotée permet de vivre l'ambiance du stade mais on peut quand même se poser la question de savoir si on ne voit pas mieux devant sa télé bien assis dans son canapé. Mais être dans la tribune athlète est tout simplement frissonnant. Être dans la tribune au milieu des Jamaïquains, kenyans, éthiopiens et autres pays chaleureux et fêter la victoire ou la défaite (en cas de faux départ par exemple...) reste un souvenir mémorable et difficile à expliquer car propre à chacun. Le supporter brestois ne me contredira pas...

Un mot pour la France ou pour la Bretagne devrai-je dire, certains témoignages et comportements m'ont vraiment touché. Savoir qu'une trentaine de personnes se sont regroupés pour vivre cet événement, que des gens qui ne savaient même pas ce qu'était l'athlétisme avant ces mondiaux se sont pris de passion pour ce sport est vraiment chaleureux. Encore merci à tous !!!

Mon dernier mot est pour la FAPF (fédération d'athlétisme de Polynésie), sans qui rien n'aurait été possible. J'ai rencontré des gens formidables, passionnés qui veulent développer l'athlétisme sur leur territoire. Ce qui n'est pas une mince affaire vu les conditions climatiques et la "Fui attitude" du peuple polynésien, la jeunesse n'est pas facile à bouger, ici encore plus qu'ailleurs. C'est donc un grand merci pour Titaua ma présidente de fédé et Olivier mon président de club. Tout reste à faire mais le jumelage entre l'EAPB et la FAPF restera mon objectif prioritaire dans l'année à venir.