Charles Delys on ne le présente plus il est connu et reconnu au niveau de Brocéliande, de la Bretagne, un petit peu en France mais bientôt au niveau international, puisqu’il se paye le luxe d’une participation aux Championnats du monde d’Athlétisme outdoor à Daegu et ce sur sa discipline bien-aimée…

Récit d’un parcours atypique…

MM : Charles on peut se tutoyer, malgré cette nouvelle dimension internationale ?

CD : Du moment que l'on s'en tient au tutoiement...

MM : Malgré tes résultats exemplaires et ta grande popularité au sein de l’EAPB, je me rends compte qu’il n’y a jamais eu d’interview te concernant, comment vis-tu cela ?

CD : Il me semble qu'il y en a eu un ou deux mais peu importe je ne suis pas fan. Je ne suis pas très à l'aise quand il s'agit de se mettre en avant mais quand c'est pour l'EAPB, je fais des efforts et j'essaie de faire au mieux.

 MM : Tu es membre de la famille Delys, et chacun apporte à sa manière un grand service à cette association. Que réponds-tu à l’affirmation « L’EAPB c’est les Delys » ?

CD : J'ai 28 ans, l'EAPB en a 22, je dois avoir 21 licences (il me manque l'année 2010...). Mon père a été 15 ans président du club, mon frère a été le premier employé du club, ma mère y est bénévole depuis des années. Donc c'est sur que d'un point de vue personnel, l'EAPB c'est une grande partie de ma vie. Quant à répondre à l'affirmation “l'EAPB c'est les Delys”, je la modulerai en “le projet stade, c'est les Delys”. Je n'entends pas par là que ce sont les Delys qui ont tout fait dans ce projet mais que c'est un projet qui nous tient à cœur et que nous voulons mener à bout avec tous les membres intéressés et motivés par ce projet.

MM : On continue sur le côté égocentrique, l’EAPB a eu depuis quelques années comme tête d’affiche Charles Delys et finalement on envisageait mal un départ de ta part. Que penses-tu de l’évolution de l’EAPB ces 2 saisons en ton absence ?

CD : J'ai été tête d'affiche du demi-fond mais il y a d'autres têtes d'affiches (qui sont sûrement moins mis en valeur) comme Jérémy Conga en sprint qui commence à avoir un certain nombre de breloques bretonnes. Le demi-fond mais surtout le cross est beaucoup plus médiatique que l'athlétisme en stade, c'est donc plus facile de faire le beau dans le Ouest France ou le Télégramme (sans citer de marque)...

Concernant mon absence, ma crainte concernait le projet du stade. Un certain article paru à la suite d'un Tout Rennes Court 2008 m'a fait comprendre l'intérêt d'utiliser la presse pour faire réagir nos politiques locaux. Le projet n'en est plus au stade de faire réagir les élus mais il est important que l'EAPB soit toujours présent au niveau des résultats. Un certain nombre d'athlète se sont très bien chargés de cette partie en premier lieu Sébastien Louvel qui vient de réaliser une saison extraordinaire.

Concernant les interclubs qui est l’événement qui mesure le mieux le niveau du club, l'EAPB peut être fier de son maintien en N2 car il a fallu pallier avec des absences mais aussi de nombreux départs (Alex, Sylvia, Seb Dayot, Clément Potier...).

MM : Je parle d’égocentrisme et pourtant un surnom qui te colle à la peau depuis longtemps maintenant c’est : « l’autiste ». Charles Delys c’est finalement avant tout un athlète qui a réalisé pleins de belles performances mais qui a su garder la tête froide. Quelle est ta recette ?

CD : Le mot autiste est assez bien adapté, non pas à ma situation, mais aux sportifs en général. Le fait de faire du sport est une manière de sortir du quotidien (métro, boulot, dodo comme disent les parisiens), de s'aérer et de trouver un équilibre physiologique (physique, mental...). Donc oui, j'apprécie vraiment de faire de l'athlé pour “mettre le cerveau de côté et de m'éclater sur une séance”. Et quand les objectifs suivent, c'est la cerise sur le gâteau. Quand tu parles de garder la tête froide, c'est avant tout de savoir se fixer des objectifs cohérents par rapport à son niveau et surtout de se faire plaisir. Les championnats du monde c'est hilarant, les championnats de Bretagne de Cross long, c'est obsédant...

MM : On en vient rapidement, puisque c’est ce que tout le monde attend de savoir, à ta future participation aux Championnats du Monde à Daegu sur 1500m. Tu as choisi il y a presque 2 ans de cela de quitter la métropole pour t’exiler en Polynésie Française, plus particulièrement à Moorea. Sportivement parlant qu’es-tu devenu pendant ces 2 années, avant même de parler de qualification aux mondes ?

CD : L'objectif principal de ce voyage était la découverte du Pacifique (Polynésie et ses larges contours). Nous avons vécu une “vie normale” (il fait quand même 30° tous les jours) tout en mettant l'accent sur le voyage. Et pour moi dans “vie normale”, il y a un moment dans la semaine où il faut chausser les runnings et aller courir. Même si j'ai bien levé le pied pendant ces deux années, j'ai continué à m'entrainer mais beaucoup moins sérieusement et régulièrement. Ce qui m'a permis de découvrir d'autres activités comme la plongée, le Va'a

 MM : Beaucoup de sports aquatiques, un peu d’athlétisme à ton menu donc, ressentais-tu réellement le besoin d’une telle coupure ? Celle-ci t’a-t-elle été profitable ?

CD : Au niveau athlétique, cet éloignement m'aura permis de comprendre beaucoup de choses sur l'entrainement, sur le plaisir de la compétition, de la rivalité. Ca m'a fait du bien de découvrir d'autres sports mais comme je ne prends pas autant de plaisir qu'en athlé.

MM : Malgré tout tu as continué à courir et surtout participer et gagner des courses. On retrouve quand même cette soif de victoire. Est-elle essentielle à ton bien-être ?

CD : Ici, le niveau est plus faible qu'en France. Tu es rapidement devant dans les courses et ça ne force pas à progresser. Le fait de participer aux courses locales est un lien social, ça m'a permit de rencontrer les athlètes et bénévoles locaux, de comprendre comment l'athlé fonctionne en Polynésie. Mais j'ai besoin de rivalité pour progresser, au niveau compétition, je n'ai pas pris beaucoup de plaisir ici même si au final, je vais vivre un truc incroyable. Athlétiquement parlant, j'aurai tout intérêt à rester ici mais la boue bretonne me manque...

MM : 28 juin 2011, un jour très très particulier, (le double très n’est pas anodin), explique nous :

CD : Le 28 Juin, c'est la date de naissance de notre petite Maréva qui sera le plus beau des souvenirs que nous allons ramener de Polynésie. Pour la petite histoire, la première personne que j'ai eue au téléphone est le président du club où je suis. En plus de me féliciter, il m'a annoncé que j'allais sûrement participer au Championnat du Monde d'athlé.

MM : Une fille Mareva, une qualification (ou sélection) aux Championnats du monde, il te sera difficile d’oublier cette date du 28 juin 2011. Et la maman, que pense t-elle de cette sélection ?

CD : La maman est super contente mais aurait bien aimé être du voyage. Nous sommes obligés de passer par Tokyo pour nous rendre en Corée du Sud et nous n'avons pas très envie de faire passer la petite par le Japon...

MM : Une fille OK, mais participer à un Championnat du Monde d’Athlétisme c’est un rêve de gamin. Pas facile dans cette confusion de bonheur, mais saurais-tu exprimer ce que tu as ressenti au moment de l’officialisation (je parle d’Athlétisme bien sûr) ?

CD : Un rêve de gamin ce serait de porter le maillot de l'équipe de France. Ce rêve s'est éloigné le jour où le cross court a été arrêté. Même si la Polynésie est Française (comme son nom l'indique), je vais représenter la Polynésie avec leur maillot. C'est une chance incroyable de vivre cette expérience. Mais sportivement parlant, je n'éprouve pas de fierté, j'ai conscience que beaucoup d'athlète courent beaucoup plus vite que moi, courent après des sélections qu'ils n'auront peut être pas. C'est une opportunité qui m’a été proposé que je ne pouvais pas rater. Je serais en tenue d'athlète mais dans la peau d'un spectateur privilégié. Promis, je ne demanderais pas d'autographe à Baala (qui ne sera peut être pas là) sur la ligne de départ...

MM : Peux-tu nous expliquer comment tu t’es qualifié à ces Championnats du Monde ?

CD : Au vue des performances de l'année, avec mon magnifique 3'58, je fais partis des 3 meilleurs performances de l'année chez les hommes. Dans le pacifique, cette année il y a les jeux du pacifique (mini jeux olympiques d'ici) et le pacifique ne vit que pour cet événement. La Polynésie envoie ses meilleurs éléments pour glaner un maximum de médailles. Comme je ne suis pas sur le territoire depuis plus de 5 ans, je ne peux pas y participer, ce qui n'est pas le cas pour les championnats du monde.

Nous étions 3 athlètes en bataille pour y aller, sans les jeux du pacifique, je n'aurai eu aucune chance d'y aller mais les deux autres athlètes vont rapporter beaucoup de médailles...

 MM : Les minimas B étaient de 3’38 et les A de 3’35, avec un record en 3’49 et la meilleure performance de la saison en 3’58. Où comptes-tu te situer ?

CD : Derrière mais le moins loin possible

 MM : Des bruits courent que tu aurais repris l’entraînement sérieusement voire très sérieusement ?

CD : Avec la venue de Maréva, j'avais pris l'option de ne pas travailler pour pouvoir profiter à fond de ce moment. J'ai donc un emploi du temps qui permet largement de s'entrainer entre 8 et 10 fois dans la semaine tout en profitant de l'évolution du bébé. Il suffit juste de caler les entrainements au milieu d'une tété ou d'un gros dodo... 

MM : L’EAPB n’aura pas un de ses licenciés en BBR mais quand même tout le club s’émeut de cet évènement. Comment comptes-tu gérer l’évènement ?

CD : J'aurai mon maillot de l'EAPB en poche pour immortaliser ça...

MM : Peut-on avoir le récit avant course de Charles Delys ? Je pose un contexte à toi de nous faire rêver… 30 Août 2011, il est 4h39 (4h20 heure de la première série). Dernière série du 1500m, celle qui est très souvent courue le plus rapidement car les temps des autres courses sont connus et il est possible d’aller chercher des qualifiés au temps. Le hasard faisant bien les choses un certain Medhi Baala est à ta droite, et un autre Silas Kiplagat (meilleur performeur mondial de l’année sur la distance) à ta gauche. Maintenant il faut s’avancer vers la ligne de départ. « On your marks »…

CD : “Vous pouvez vous mettre devant les gars, je vais partir derrière. Par contre, partez pas trop vite svp...”

MM : Fin de la course, des sollicitations peut-être des autographes. Une fois le 1500m passé comment comptes-tu vivre ces Championnats du Monde ?

CD : Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir rester, si je vais avoir un pass’  athlète mais je compte bien découvrir l'envers du décor dans ces moindres détails. Je vais essayer de faire un truc pour aller voir Montiel...

MM : Un Charles Delys qui aura participé à ce genre de compétition, sera-t-il un athlète dangereux dans les labours Bretons ?

CD : Je ne pense pas que cela change grand chose. Sportivement, je n'ai qu'une hâte, rechaussez mes crampons pour aller patauger dans la boue bretonne avec une grosse équipe de l'EAPB.

 MM : Et enfin comme il est coutume, le mot de la fin, pour le nouvel international !

CD :Le ridicule ne tue pas et heureusement vu ce qui m'attend